octobre 30, 2004

Perou: La casa de l'amistad


Nous voici dans une maison très particulière: la famille Ramirez D'Angelo est une "Casa de Ciclista" depuis 19 ans. Ils ouvrent leur porte à tous les cyclotouristes qui passent par Trujillo et il y en a déjà eu plus de 600. Nous sommes les numéros 611 et 612. Ils donnent tout sans rien recevoir en échange, que de l'amitié et des bonnes histoires de route. On se trouve ici avec deux cyclistes l'un espagnol, l'autre brésilien.

Pour nous c'est un repos bien merité après 7 jours de route depuis Lima sans s'arrêter. C'est très important,quand on se déplace toujours, de se retrouver de temps en temps dans un lieu fixe avec des amis . C'est peut-être pour ça que certains cyclistes se sont arrêtés ici jusqu'à quatre mois. La plupart se disent avant d'arriver qu'ils ne resteront que trois jours et ... une semaine a vite passé.
Et pourquoi pas? Trujillo est une ville beaucoup plus tranquille que Chimbote "la ville du poisson et de l'acier" à 100 kilomètres au sud. En outre Cuzco Trujillo se trouve à côté d'un site archéologique très important des civilisations Moche et Chimú.


D'un côté, s'élèvent les temples Moche du soleil et de la lune, construits entre le Ier et le 8e siècle, et que les archéologues n'ont commencé à étudier qu'en 1991, ceci à cause de leur construction intéressante: tous les cent ans ils reconstruisaient un temple identique au-dessus du précédent, juste un petit peu plus grand. Ainsi, chaque siècle, tout un temple était préservé avec toutes ses fresques peintes.

De l'autre côté de Trujillo, on retrouve la capitale de l'empire Chimú, Chan Chan.
Là, ise trouvent plus de 20 kilomètres carrés de ruines. Tout était construit en adobe de boue. Mais, grâce au climat très sec, on retrouve bien toute la structure de la ville. Malheureusement, depuis les années de "el Niño", il pleut beaucoup plus et les ruines se détériorent davantage.

Dès qu'il a appris qu'on était en tandem, Lucho (notre hôte) a vite rassemblé tous ses amis aveugles pour que je puisse leur faire faire un tour en vélo.
Et c'est comme ça que s'est passée notre petite semaine de repos dans la maison des cyclistes à Trujillo. Chaque jour, on ignorait ce qu'on allait faire mais ça se passerait certainement avec tous nos nouveaux amis.


Dimanche, Lucho m'a convaincu de le rejoindre pour une course de VTT aux limites de la ville. Ainsi, sans m'entraîner, sur un vélo emprunté, je me suis lancer dans une course de 12 tours dans une banlieue de la ville. Puisque toutes les routes ne sont pas goudronées, on n'a pas besoin d'aller loin pour trouver un bon circuit de VTT. A la fin du compte j'ai terminé 5ieme et tous les gamins du quartier se sont beaucoup amusés à poser toutes sortes de questions au "Canadiense" (j'avais mes chaussettes avec des petits drapeaux canadiens) j'ai réussi à capter plus d'attention que Pancho, le gagnant de 17 ans qui vit dans un village à la campagne. Il est le protégé de notre hôte Lucho qui lui prête tout pour qu'il puisse participer.
Lucho rêve d'organiser tout un programme qui permettrait aux jeunes sans moyen d'emprunter des vélos de course pour pouvoir participer à toutes les compétitions.

Posted by gwendal at 10:29 AM | Comments (0)

octobre 22, 2004

Pérou: Fuir Lima

Oui, nous avons vraiment fui cette ville anarchique comme Kurt Russel dans le film "Escape from LA"

Nous nous sommes retrouvés en plein milieu du trafic dans une ville de 9 millions d'habitants. Lima n'a pas de transports en commun publics. Tout est privatisé et il n'y a ni métro ni voie ferrée. Il en résulte un état chaotique sur toutes les routes. Au bord de la mer, le brouillard régnait en permanence sur la banlieue cotée de Miraflores. Au moment où nous avons quitté la ville, ce brouillard s'est transformé en nuage de pollution opaque sans même que nous nous en apercevions.

On est donc partis avec 2kg de "trail mix", un mélange de cacahuètes, noix, raisins, pruneaux, et smarties. Nos deux mois passés en altitude nous ont beaucoup aidés car, à Lima, le niveau de pollution sur les routes est tellement élevé qu'on a l'impression de manquer d'oxygène. Nos poumons se sont donc retrouvés dans une atmosphère un peu semblable à celle de 4000m.

A la fin de la journée, on a eu une magnifique surprise quand finalement après 45km de route on a quitté la ville. On s'est retrouvés sur une superbe route coincée entre des dunes géantes et la mer pendant 25km. C'etait tout plein de brume mais vraiment très beau.

Posted by gwendal at 08:30 PM | Comments (0)

octobre 13, 2004

Bolivie: Un mariage à Potosi


Le gâteau était constitué d'un ensemble de dix miches rondes de 10 cm de hauteur, couvertes d'un glaçage et installées sur une structure de fer gigantesque qui rappelait celle d'un porte-manteau. Voir ces 30 gâteaux empilés les uns au-dessus des autres m'a fait penser à un sapin de noël tout à fait bizarre.

Après cinq jours exténuants sur la piste sableuse et pleine de bosses, pareille à une planche à laver, qui relie Uyuni à Potosi, nous avons eu l'impression de traverser un paysage martien. Mais ce n'est qu'après une route de ce genre qu'on peut considérer Potosi comme une oasis. La ville est perchée à 4100m, au pied du Cerro Rico; son histoire a été marquée par presque 500 années d'exploitation, et il n'y a pas beaucoup d'arbres ou de verdure.

Nous avions rencontré sur la route un cycliste allemand, Martin, qui nous avait recommandé avec beaucoup d'enthousiasme la visite de la « casa de ciclista » à Potosi. Après 8 mois de ce cyclotourisme, c'était la première fois que j'entendais parler d'une telle chose. C'est donc avec une certaine émotion que, dès le soir de notre arrivée, nous avons téléphoné au numéro indiqué. Nous avons été immédiatement accueillis à titre de « ciclistas » et on nous a donné la direction de la boulangerie « Panaderia Tomas ». Malgré l'obscurité et la rue mal éclairée, j'ai pu vite deviner que la maison, située dans ce lotissement relativement récent de la partie moderne de la ville, marquait sa différence.

Pour commencer, la maison était peinte! On avait même incrusté des morceaux de porcelaine et de verre dans le plâtre, ce qui la distinguait vraiment des autres car les maisons locales sont en général construites en briques d'adobe. Mais ce qui a d'emblée attiré mon attention, c'était les trois petits arbres soigneusement plantés et essayant de survivre en dépit de tout. Il s'agissait des premiers arbres que je voyais en ville. Notre arrivée a fait surgir toute la famille Ramos qui nous a invités à franchir le seuil de la cour par deux portes en bois bien fatiguées par les passages fréquents. Un cactus gigantesque dominait la cour dans un petit jardin circulaire au milieu. La propriété entière peut se comparer à un terrain de Vancouver de 33' par 120'. Mais les bâtiments, au lieu d'occuper le milieu, se répartissent tout autour de la propriété en s'adossant aux autres maisons: ce qui laisse un grand espace pour la cour au milieu. Un côté est occupé par la boulangerie tandis qu'au fond se trouvent la cuisine, les chambres à coucher et un salon.

Il y a douze ans, Florencio et ses fils étaient des cyclistes vraiment actifs. Ils participaient à chaque course locale possible. Un jour, lors d'une course, un responsable leur a demandé d'accueillir un cyclotouriste français. Ils ont accepté et ont vraiment apprécié sa compagnie. Quelques mois plus tard, un autre cycliste français est arrivé. Ils ont alors appris qu'on les avait été mis une liste d'accueil des cyclistes français! Ils ont accepté nouvelles comme si de rien n'était et depuis, ils acceptent des cyclistes fatigués dans leur maison. La seule condition est que vous signiez leur livre d'or et y mettiez une image. Ils sont aussi très heureux si vous partagez une de leurs «plus hautes pizzas du monde».

Florencio nous a salués dans sa tenue de boulanger. Un sweatshirt rouge décoré d'une collection innombrable de taches de farine. Il portait aussi un petit chapeau autrefois blanc qui semble ne jamais quitter sa tête de la journée.Depuis 30 ans Florencio fait du pain pour les Potosinos, à la main sans l'aide de machines de pétrissage. Actuellement il fait plus de 3000 petits pains par jour et encore plus le weekend. En moyenne, un boliviano (20 CAO de centimes) suffit à l'achat de 4-5 petits pains.

Le troisième jour de notre séjour à Potosi, Theodora, la femme de Florencio, a commencé à s'occuper de la boulangerie. Elle a sorti trente moules à gâteau et s'est fait livrer une palette d'oeufs. Pendant deux jours, alors que nous nous reposions tranquillement, nous avons assisté à la fabrication d'un gâteau de mariage Potosino. On nous avait dit qu'ils seraient tous empilés mais j'avais du mal à l'imaginer et je m'étais fait une idée de gâteau en forme de tour penchée de Pise. Notre curiosité nous a bientôt mis au travail pour les aider à faire les gâteaux. Un fois cuit, chaque gâteau est coupé en trois tranches sur lesquelles on étale une couche de « manjar » du lait concentré caramélisé pour la première et de la confiture de fraise pour la seconde. Le vendredi, on a passé tout notre temps à faire le glaçage et à décorer chaque pain pour qu'il ait vraiment l'apparence d'un gâteau. Le samedi matin, toute la construction a été rassemblée dans la salle où devait avoir lieu la réception .

En guise de remerciements, nous avons été invités à la réception d'un mariage que je n'oublierai jamais. Samedi, vers dix heures du soir, nous avons accompagné la famille de Ramos et toutes les filles qui avaient travaillé à la boulangerie pour confectionner le gâteau, jusqu'au hall. Deux policiers se tenaient devant le portail pour contrôler les invités. Quand nous sommes arrivés, l'orchestre a commencé à jouer une chanson de cumbia populaire. On peut décrire la «cumbia» comme un battement monotone moderne qui ferait penser à celui produit dans la section des battements types d'un synthétiseur. Aux deux extrémités du hall, on avait empilé des hauts-parleurs jusqu'au plafond et le volume était très puissant. Tous ceux qui voulaient danser se sont alignés en face de leur partenaire et se sont mis à danser calmement au rythme répétitif de la musique. Toutes les minutes, un garçon traversait la salle, portant à bout de bras un plateau couvert de petites tasses en plastique pleines de limonade mélangée à de l'alcool de caña à 96°.
Au bout d'une heure, il y a eu une pause, les invités ont alors commencé à apparaître avec des bouteilles de 2 litres de boisson et on a augmenté la distribution d'alcool. Puis la musique a recommencé et les gens se déplaçaient avec plus de facilité. Tania s'est bien amusée en dansant avec un des frères du marié qui avaient commencé la fête un peu plus tôt.

A minuit la musique s'est encore arrêtée et les célèbres gâteaux ont été portés au milieu de la pièce. Ensuite, la tradition veut qu'on remplisse une petite fontaine placée au pied des gâteaux de boisson gazeuse et d'alcool de caña . Alors la mariée et le marié commencent à boire autant que possible à l'aide de deux petites pailles. Quand ils ont terminé, ils invitent la famille et les notables à prendre la relève. Plus tard, presque tous les invités prennent une boisson et en renversent un petit peu aux quatre coins de la table sur laquelle repose le gâteau avant de finir leur verre. Finalement quelqu'un a commencé à couper chaque gâteau. Tout le monde a recu un morceau selon un ordre précis d'importance. Mais puisqu'il y avait deux arbres de 30 gâteaux, tout le monde a fini avec au moins le quart d'un gâteau. Certains avaient des sacs en plastique, ce qui leur a évité le plaisir de manger un quart de gâteau en un demi-heure. Tania et moi, nous avons pratiquement explosé en essayant de finir notre part.

Après la distribution dues gâteaux, la musique a recommencé et la danse a continué avec encore plus d'énergie jusqu' à plus de 3 heures du matin. Ce qui a suivi était quelque chose que je pourrais comparer davantage à un rite d'initiation à une fraternité qu'à une noce. Le "Bailar de la muerte" est une tradition de noces unique à Potosi; elle commence avec 24 verres de caña mélangé à de la limonade. Tous les invités encerclent la mariée et le marié et la musique commence. La musique ne dure qu'une minute pendant laquelle on présente les premiers verres aux mariés qui doivent les boire d'un trait. La musique recommence encore, le marié et la mariée doivent danser et agiter un petit foulard blanc pour indiquer qu'il vont bien. Le processus continue jusqu'à que l'un ou l'autre bascule ou que les deux réussissent à finir les 12 verres de caña et à danser jusqu'à la fin. Quel que soit le scénario, à la fin du dernier verre, les invités portent la mariée et le marié en l'air et la dance continue autour de la pièce jusqu' à la fin de la nuit.


A 3:30am nous sommes partis nous coucher avec la famille de Ramos en laissant les derniers 150 invités danser jusqu'au matin. Plus tard, Florencio m'a expliqué que les festivités continueraient jusqu'au jeudi suivant, avec beaucoup plus de consommation d'alcool pendant toute la semaine. Je me suis vraiment dit que que les mariés doivent avoir besoin de toute leur lune de miel pour se remettre des festivités. Heureusement le premier cadeau qu'ils reçoivent de leurs parents est un lit tout neuf le dimanche matin qui suit!

Posted by gwendal at 09:24 PM | Comments (0)