février 05, 2004

Au revoir à l'île de Tierra del Fuego

Bon nous voilà à Punta Arenas.
Quatre jours de route entre Rio Grande et Porvenir au Chili. 200km, contre le vent tout le temps, dont 150km n'étaient pas goudronnés. On était pas mal démoralisés quand le deuxième jour on n'avait réussi qu'à faire 41km avec une moyenne minable de 10km/h. Ryan s'est aussi fait heurter par une voiture à une vitesse très faible, ce qui a quand même abimé sa roue. Il ne s'est pas fait mal et on a pu réparer sa roue pour le reste de la route. C'était assez drôle parce qu'il n'y a qu'une dizaine de voitures par jour sur la route. Le lendemain fut meilleur, mais je me sentais un peu fatigué et pas 100% tôt le matin. Je crois que c'était parce qu'on s'est levés à 5h du matin pour essayer de faire au moins quelques heures de vélo avant que le vent ne se lève. Au cours de la journée on a cassé 6 rayons sur la roue arrière! Un mauvais signe! Heureusement il me restait 10 rayons de rechange et on a pu les remplacer. On s'est ravitaillés en eau à l'estancia Armonia qui est tout près de la Bahia Inutil (parce qu'il n'y a pas de port praticable). Il nous ont offert un bon goûter et on a pu visiter toutes les granges où ils tondent les moutons avec une machine qui date du début du siècle.
Pour le dîner ce soir-là on était encore sur la route, on s'est donc arrêtés dans un fossé pour essayer de se mettre à l'abri du vent dans une région où les arbres sont très rares.
La dernière journée, il ne nous restait que 40km à faire mais on avait déjà cassé deux rayons et il ne m'en restait pas un seul de rechange. Il fallait absolument que le reste tienne le coup. Heureusement on eu de la chance et la roue a tenu. Mais en fin de compte, on avait cassé 6 rayons, une fois arrivés à Porvenir.
Porvenir est une petite ville sympatique de cinq mille habitants. Il y a au moins une douzaine de bars et deux boîtes de nuit. Mais tout le temps qu'on y était, tout était plutôt vide. C'est vraiment un village tranquille qui est aussi le centre administratif de la partie chilienne de la Terre de Feu. La première nuit, on est restés dans un petit hôtel minable où on avait bien peur de tomber à travers le plancher, car il était très mou au deuxième étage. Ça nous a coûté 4000 pesos chiliens, à peu près l'équivalent de $8 canadiens.
Mardi on était sensés attraper le ferry pour Punta Arenas. Mais parce qu'il a fallu une heure à une banque pour changer l'argent, on l'a raté. Ce n'est que quelques heures plus tard qu'on a appris que le prochain ferry ne partait pas avant jeudi. Nous voici donc coincés à Porvenir pour quelques jours de repos bien mérités.

Le vent n'a pas manqué de nous faire travailler fort!

Ayant plus de temps à Porvenir, j'ai pu visiter le musée et en apprendre un peu plus sur la ville et son histoire. J'ai aussi appris le nom de plusieurs animaux qu'on a vus sur le chemin.
Bandurria = Buff-necked Ibis
Tucùquere = Grand Hibou à corne = Great Horned Owl
Zorro Gris = Grey Fox
Caiqué de Magallanes =Oie des Uplands= Uplands Goose

Ce tout petit musée a aussi de très bonnes informations sur les aborigènes qui habitent sur l'île. Ils s'appellent Selk'nam et habitaient à l'intérieur des terres. Les Onas, qui habitaient sur la côte, les appelaient Yamana. Les costumes cérémoniaux des Selk'nam avec leur corps tout peint de noir, brun et blanc me rappellent beaucoup les motifs des Aborigènes Australiens.

A Porvenir, j'ai pris le temps de comparer cette ville à Rio Grande. Un petit "tale of two cities". Ces deux villes ont vraiment connu le meilleur et le pire dans leur courte histoire. Elles ont été toutes deux touchées par des économies difficiles de grand "boum et bust". Pour Porvenir c'était la ruée vers l'or de la fin du XIXième siècle et du début du XXième siècle. Pour Rio Grande c'était l'industrie pétrolière qui a fait ces ravages.
Les deux villes essaient de se réinventer pour le tourisme. Porvenir est le point d'accès chilien à Tierra del Fuego (ce qui est difficile avec un bateau qui ne navigue qu'un jour sur trois) Rio Grande essaie d'être la capitale mondiale de la pêche à la truite.
Malheureusement les deux villes sont dans l'ombre d'autres villes mieux placées dans leur marketing pour le tourisme. Rio Grande parce que l'aéroport va à Ushuaia pour l'accès à l'Antarctique et aux montagnes. Pour Porvenir c'est Punta Arenas qui a cent mille habitants et aussi un accès au bateau de croisière qui remonte la côte Chilienne pour rejoindre Puerto Montt (Certainement un très beau voyage pour seulement $300 canadiens)
Porvenir est au fond d'une belle petite baie bien protégée avec un bon port abrité. Les toits et les murs de toutes les maisons sont en tôle. Les maisons sont peintes de toutes sortes de couleurs, avec beaucoup de rouge et de vert clair. Elle a un charme de petite ville bien organisée et compacte sur une colline, on peut facilement marcher partout. Par contre Rio Grande présente les symptomes d'une ville qui a vécu un développement rapide pendant les années 70 et 80 grâce au boum de l'industrie pétrolière. Les rues sont très larges et les affiches d'entreprises dominent les grandes avenues. Les boulevards sur les grandes avenues ont du potentiel mais pour l'instant les petites structures en tubes de métal peint, en forme de maisons, me font beaucoup penser à la pire architecture de l' expo 86 à Vancouver. L'économie a beaucoup souffert au cours des dernières années et il y a beaucoup de commerces qui sont fermés.
Par contre, Porvenir a très peu de panneaux. Il faut même quelquefois demander de l'aide aux passants car il n'y a pas d'affiches qui indiquent les commerces. C'est toujours un port de pêche et la plupart des bateaux sont toujours fabriqués en bois et sur place. Ils sont tous peints de jaune, de bleu et de rouge vif. Il y a aussi une petite usine qui cuit des coquillages récoltés sur les plages pour faire du plâtre. On a vu pas mal de monde en train de faire la récolte de coquillages.
Ce qui est intéressant, c'est que les deux villes n'ont pas beaucoup d'interaction économique avec les estancias dispersées partout sur l'île. Les estancias pratiquent la tonte de tous les moutons sur place et fabriquent elles-mêmes de grosses "balles" de laine de 250 kilos destinées à l'exportation.
On voit vraiment la différence entre les effets d'un essor récent de l'industrie pétrolière et le boum de la ruée vers l'or de Porvenir il y a cent ans.

Bon, maintenant qu'on est à Punta Arenas, on a commencé à refaire des projets. Notre parcours va un peu changer. Car pour éviter le vent on va essayer de prendre la Carreterra Australe qui est entièrement en terre battue sur une distance de 900km.
Mais en passant au Lago O'higgins à l'ouest de la cordillère des Andes, on évite le vent qui nous a vraiment fait travailler fort sur l'île et qui risque d'être plus fort encore dans la Patagonie argentine à l'est des montagnes. Donc pour ceux qui ont une carte, on va passer par Coyhaique et l'île de Chiloe pour finir à Puerto Montt et recroiser la cordillère et passer en Argentine à San Carlos Bariloche.
Pour l'instant mon genou va mieux et j'ai acheté un support en néoprène pour le garder au chaud quand je pédale.
Dans l'immédiat, notre prochaine étape est Puerto Natales et le parc de Torres del Paine avec ses montagnes super belles.

Posted by gwendal at 03:08 PM | Comments (0)