août 12, 2005

Canada: la route Stewart-Cassiar


On est arrivés à Prince Rupert pour la deuxième fois, après un superbe détour par les îles de la Reine Charlotte. On y a vu plein d'aigles et de biches tous les jours, on avait l'impression que les îles sont vraiment une oasis de flore et de faune, détachées des pressions humaines du continent. Ce n'est pas la réalité, mais il y en a quand même beaucoup, de flore et de faune.

Donc après avoir quitté Prince Rupert, on a suivi la rivière Skeena. Une des plus grandes remontées de toutes les espèces de saumon du Pacifique se produit ici à la fin de l'été. On observe aussi une grande migration de oolichans Oolichan au printemps. L'oolichan est un poisson très gras (sec il peut être allumé comme une bougie) que les autochtones Tsimshian de la région séchaient; il en faisaient de l'huile pour l'échanger avec d'autres tribus ou avec les postes de traite des trappeurs. L'abondance de cette rivière a permis à une civilisation très complexe de se développer sur ces berges.
En ce qui nous concerne, le vent soufflait vers l'ouest et la route était sans colline... l'idéal car le paysage était magnifique, on pouvait voir plein de montagnes sans avoir à les escalader!

Le lendemain, on est arrivé à Terrace, notre dernière ville avec un grand super marché. On y a passé trois heures à planifier notre ravitaillement pour la prochaine semaine.
On a décidé de suivre une petite route pour les 200 premiers km, qui nous amènerait au coeur du territoire de la tribu Nisga'a Nisga'a.
Avant d'y arriver, on est passé par le tout petit village de Rosswood où l'on trouve une source très particulière. Il s'y trouve un immense peuplier "Cottonwood" Populus balsamifera ssp. balsamifera d'au moins 25 mètres de haut.
Dans le tronc il y a un tuyau avec une eau de source délicieuse.

La tribue Nisga'a est la première tribu qui a signé un traité de biens de territoires avec le gouvernement en 1997!
C'est ici qu'au milieu du XVIIIème siècle, a eu lieu la dernière éruption volcanique au Canada. La coulée de lave a recouvert plusieurs villages Nisga'a et on estime que près de 2000 personnes sont mortes.
La légende raconte que le jour qui a précédé l'éruption, de jeunes garçons s'amusaient à mettre des bâtons qui brûlaient et des morceaux d'ardoise dans le dos des saumons qui remontaient la rivière pour féconder leurs oeufs.
Le saumon est une des plus grandes sources de nourriture traditionelles des Nisga'a et de toutes les tribus autochtones de la côte ouest de la Colombie Britannique. Donc l'esprit des saumons n'a pas trop apprécié ce manque de respect pour cet animal sacré et c'est pour cette raison que la montagne a commencé à répandre de la lave qui a enfoui les villages des jeunes garcons comme par vengeance.

Dans l'un des villages, il y avait une fille d'une famille de chef. Elle était en séclusion de puberté dans une pièce noire à l'arrière de la grande maison longue pendant l'éruption. Dans la panique toute sa famille l'a oubliée. Finalement, plusieurs semaines plus tard, une fois que la lave avait durci, la famille est revenue pour voir ce qui restait du village. Là, exactement où on l'avait laissée, elle se trouvait pétrifiée comme un gros bloc de lave. On l'a montré à un archéologue dans les années '40.
Il y a 36 km carrés de terre enfouis sous la lave et une moyenne de 12 mètres de profondeur.

On a continué jusqu'au village de New Aiyansh où, quand j'avais 3 ans, on était allés rendre visite à nos amis Lois et Robin, deux Américains venus dans les années 70 avec des amis qui voulaient échapper à la guerre au Vietnam; ils enseignaient dans les écoles du village. Je n'ai que de vagues souvenirs de routes pleines de boue, de lampes à kérosène et de hurlements de loups.
Cette fois-ci, on est passé pendant la journée et c'était au plein milieu de travaux publics sur la route... une fois de plus complètement boueuse!

Le lendemain, on est arrivé au carrefour de Meziadin où il y a un superbe terrain de camping provincial au bord du lac. On y a rencontré deux Suisses Allemands qui nous ont vivement conseillé de faire le détour de 67km jusqu'à Stewart. On a hésité car ça voulait dire qu'on devrait redescendre jusqu'au niveau de la mer à l'embouchure du bras de mer Portland. Mais ils nous ont convaincus en nous disant qu'il était possible de voir un grizzlie à la pêche! Donc le lendemain on a pris la route pour Stewart qui suit une vallée qui longe toute une chaîne de montagnes qui retiennent l'immense glacier Cambria. Des cols qui séparent les montagnes, on aperçoit des glaciers d'un bleu magnifique ou une grande chute d'eau qui se faufile en descendant la montagne.
Le glacier le plus impressionant sur le chemin s'appelle le "bear glacier" justement nommé, car on prenait cette route pour voir des ours.

De Stewart (où il y a quelques années ils ont eu la plus grande chute de neige jamais enregistrée au monde!!! 30 mètres de neige!!!!!!) on peut passer la frontière et rentrer en Alaska à Hyder. Un drôle de petit village auquel on ne peut avoir accès que par l'eau ou le Canada. Donc toutes les distances sont en mètres et tout le monde utilise le dollar canadien au lieu de l'américain. On a campé en ville à côté d'une pancarte qui disait "Do not use until further notice, bad grizzly in area". Apparement, un Grizzly était passé une semaine plus tôt et avait détruit les grilles qui protégeaient les poubelles et renversé plusieurs motos. On a bien rangé notre nourriture dans un immeuble ce soir-là et dormi avec ma bonbonne de gaz à poivre anti ours sous l'oreiller.
Le lendemain tôt le matin on est allé rendre visite au même ours à la pêche sur la riviere "Fish". Le gouvernement américain y a construit une passerelle d'observation sécurisée au-dessus de la rivière. Comme ça, les touristes peuvent observer les ours sans les déranger. Pendant trois heures, on a vu les saumons "chum" dans la rivière en train de se préparer à féconder leurs oeufs avant de mourir.
Mais parfois, l'ours arrive à les attrapper avant qu'ils n'y parviennent. C'est un spectacle incroyable; d'en haut on voit la danse de séduction du saumon mâle devant la femelle, et en même temps, ils se faufile dans tous les sens quand l'ours arrive. Mais dès que l'ours est dans un autre coin de la rivière, la femelle se remet à creuser un trou dans les cailloux.

Le même jour, on a repris la route pour rejoindre l'autoroute Stewart-Cassiar (37). Quelques jours plus tard, on a campé à Bell II une station d'héliski. En hiver, les clients payent jusqu'à 10 000 dollars pour une semaine d'heliski. Mais en été, on a pu camper pour 11 dollars et avoir accès aux douches et au sauna!!! un très très bon programme pour des cyclistes qui ont rarement accès à plus qu'une rivière glaciale.


Posted by gwendal at août 12, 2005 12:42 PM
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