septembre 22, 2004

Bolivie: l'océan de lait pétrifié


Je savais qu'aller à vélo de la Bolivie au Canada allait être un défi. L'altitude était un handicap. Mais à ma surprise, mes quadriceps auraient le temps de s'ajuster puisque notre première destination nous a amenés vers une surface de 10 500 km2, une vraie patinoire de sel plat: Le Salar de Uyuni.

Imaginez qu' un jour vous vous réveillez pour constater que le détroit de Georgia a séché et que le sel a remplacé l'eau, comme un lac Canadien gelé attend un patin à glace récemment aiguisé pour faire sa première coupure à sa surface. On pourrait désormais faire le tour des Iles du Golfe sans attendre si longuement au départ des traversiers et on pourrait passer la nuit au milieu du détroit dans un nouveau type de gite: un café-couette fait de sel qui serait votre lit et pas votre petit déjeuner.

Situé dans la région montagneuse du sud de la Bolivie dans le département (la province) de Potosi, le ¨Salar de Uyuni¨ est le plus haut lac de sel du monde, à 3656m au-dessus du niveau de la mer. Avec plus de 20 îles à découvrir, 4 sommets importants à escalader, plus d'une douzaine de vieux villages et des légendes innombrables pour bien souligner les rouleaux de film que l'on prend en visitant l'environnement unique du Salar.



Nous avons chargé notre tandem d'aliments frais du marché (le jeudi est le jour du marché à Uyuni). Nous ne savions pas exactement ce qu'il fallait prévoir, nous en avons donc suffisamment acheté pour la semaine suivante. Les premiers 20 km vers la ville de Colchani ont été difficiles à parcourrir. Avec le sable, le vent contre nous et les 4x4 des touristes filant constamment, je me suis demandé si nous ne serions pas mieux dans l'une d'elles. Je me suis donné une bonne claque sur la tête quand nous avons atteint l'entrée du Salar en découvrant ce qui avait l'air d'un lac tranquille gelé depuis la nuit des temps, ça ma donné un deuxième souffle pour finir les 15 km qui nous attendaient jusqu'à l'Hotel de Sal, le seul endroit où obtenir de l'eau pour les prochains 82 km. Ce qui nous attendait fut magique.

Un enseignant local, Pedro Claver Mamani Carlo, originaire du village de Llica au bord du "lac", est l'auteur de ¨Histoires du lac de sel¨ et il dit que, dans la mythologie native populaire, le Salar est décrit comme un ¨océan de lait pétrifié¨ où les paysans des villages environnants vont vendre du sel aux villageois d'autres régions de la Province de Potosi; ceux-ci recevaien en paiement des denrées agricoles comme du maïs et des fruits.


Nous avons atteint l'Hôtel de Sel salués par un coucher de soleil rose et une collection de drapeaux de tous les pays du monde plantés devant l'Hôtel. L'Hôtel, qui ressemble plus à une charmante petite auberge rustique, était comme le nom le suggère, complètement fait de sel. Au lieu d'être en bois, les lits ont été fabriqués avec des blocs de sel et le plancher semé de cristaux de sel; beaucoup d'entre eux se retrouvent comme des gros grains de sable entre vos orteils. Dans le salon, un groupe d'étudiants locaux de Uyuni qui s'étaient arrêtés à l'Hôtel de Sel pour consommer quelques boissons, nous ont invités à les joindre et avec un petit peu d'insistance, ils nous ont convaincu de passer la nuit pour 15 US$ par personne, une dépense luxueuse en Bolivie et pour un cyclotouriste au budget serré, mais ça valait la peine. Santos, le directeur de l'hôtel, nous a dit que nous arrivions juste après la saison des touristes. Juillet et août sont les seuls mois où vous trouverez l'Hôtel plein. Le lendemain matin, j'ai été réveillé par le réveil-matin; j'essayais de rester au chaud sous les confortables couvertures de laine de lama . Au moment où je regardais dehors par la fenêtre, le soleil a juste fait son apparition et sa lumière rebondissait sur la plaine de sel interminable. Un petit déjeuner continental nous a été servi et vite nous nous sommes remis en route vers notre prochaine destination - Isla Incahuasi, l'Ile de l'Inca.

Quand le soleil s'est couché, nous sommes arrivés à Isla Incahuasi, à 65 km de l'Hôtel de Sal, où nous avons été salués par Doña Alfredo, la concierge de l'île qui habitait là-bas depuis plus de 10 ans. Dans la lumière basse, nous avons monté notre tente au pied de cette île couverte de gigantesques cactus anciens. Pour 8 Boliviano 1US$ (c'est un lieux protégé), nous avions accès à l'île entière et il y a de l'eau potable. L'île a aussi un petit Café, et des salles de bains bien propres. En préparant notre dîner, Doña Alfredo a insisté que nous passions chez elle pour signer le livre d'or de l'île qui fait un rapport historique sur chaque cycliste qui vient visiter l'île, ce qui donne beaucoup à lire. Nous étions contents d'ajouter nos noms pour faire partie de ce club exclusif. Au cours de la matinée, nous avons été bombardés par des groupes de touristes venant voir le lever du soleil. Nous avons pris notre temps pour préparer le vélo et nous avons exploré l'île. Tous les cactus sur les îles nous ont paru surréalistes. Les cactus grandissent environ d'un cm par an et le plus grand sur l'île mesure 12m de haut ce qui signifie qu'il a 1200 ans.

Le lendemain nous avons parcouru à vélo 40 km très agréables en direction d'un petit village très ancien appelé Coquesa, siyué au pied du Volcan Tunupa (5400m), que nous grimperions le jour suivant. A l'entrée du village, sur la rive du lac, habitent une douzaine de flamants roses. Ils se perchent dans la partie marécageuse au bord du lac de sel là où la terre se transforme en sel blanc immaculé; pas loin il existe aussi un site archéologique à côté du village. On y trouve d'énormes roches qui sont d'anciens récifs de corail à côté d'un réseau de vieux murs de pierres sèches. Nous n'avons pas eu de problème pour trouver de quoi nous loger car tous les enfants de la seule auberge du village nous ont salués avec de grands sourires, très excités de voir un tandem arriver et s'éclabousser courageusement sur la chaussée de pierre qui traverse la partie mouillée et boueuse du Salar. Après avoir deposé nos affaires dans notre chambre, le propriétaire de l'auberge, Marcos Mamani, nous a hurlé ¨¿Quieres agua de la vida ?¨ qui se traduit normalement comme de "l'eau de vie locale", nous avons donc ri et gentillement dit non, mais à notre surprise, Marcos s'est mis à tirer de l'eau d'un puits de 12m de profondeur dans la cour qui reçoit son eau des versants du Volcan 2000m plus haut. Notre dernier jour sur le Salar s'est passé à grimper les pentes du Volcan de Tunupa. A neuf heures du matin nous avons commencé notre randonnée. La montée débute par une pente confortable, et peut inclure une visite aux Momies à 500m plus haut. Il faut juste se rappeler de demander la clef au village pour 1 $US avant de commencer votre randonnée. A midi nous avions atteint le Mirador (4600m), un beau point de vue du Salar et des îles qui me rappellaient certaines "Iles Cassées" de la côte de l'île de Vancouver. Une ascension plus escarpée de 800m nous a conduit au cratère du Volcan, à 5400m au-dessus du niveau de la mer, avec une vue absolument époustouflante.



Comme nous manquions de temps, nous avons pris un autobus local pour revenir à travers le Salar à Uyuni. Des oiseaux, des gens et des chiens encombraient l'allée centrale de l'autobus et la vendeuse de billets se déplaçait habilement pour recueillir l'argent jusqu'au fond de l'autobus en sautant d'un accoudoir à l'autre, s'arrêtant seulement pour transcrire le noms de tous les passagers dans son livre de bord. Tous les villageois allaient à Uyuni avec leurs marchandises à vendre le lendemain (jeudi) au marché. Bien que ce soit toujours amusant, parcourir le Salar en autobus m'a fait penser que notre périple à vélo sur le Salar était comme un rêve et je souhaitais que nous ayons le temps de continuer.

Comme le directeur de l'Hôtel de Sel l'avait dit, la haute saison se situe en juillet et en août. Pendant la saison pluvieuse de décembre et de janvier, le Salar est inondé et il est difficile sinon presque impossible de le traverser à vélo, mais il parait que cela vaut la peine en 4x4 car le Salar reflète comme un miroir les montagnes et et les villages qui l'entourent.

Tant que le détroit de Georgia ne se transforme pas en lac de lait pétrifié, un voyage vers le sel de l'île Incahuasi en Bolivie vaut vraiment la peine.

Posted by tania at septembre 22, 2004 09:19 AM
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