septembre 25, 2004

Bolivie: Une route de Calomino


La route à vélo de Uyuni à Potosi se compare au mieux à un parcours sur un chameau qui avancerait au rhythme d'une mule, pendant cinq jours. Nous ne savions pas grand chose de l'itinéraire, à part le nom de deux villes sur la route marquées sur la carte et que Potosi était à l'autre bout. Nous avons trouvé une piste très dure (pour nos derrières), le paysage beau et plein d'une histoire très colorée. Quand nous avons quitté Uyuni, nous sommes entrés dans un monde qui semble avoir à peine changé depuis l'époque de Butch Cassidy et de Sundance Kid, lesquels auraient soit disant commis leurs derniers hold-up ici.

Dans la partie occidentale de la Bolivie, il n'y a pas beaucoup de véhicules personnels, par conséquent seuls circulent sur cette route de rares autobus ou camions. Si nous avions eu un ennui mécanique, nous aurions dû probablement attendre plusieurs heures avant que quelqu'un ne passe par là. Ayant ceci à l'esprit, nous avons rempli notre caravane à ras bords de nourriture, suffisamment pour 5 jours. Nous avons même dû attacher notre granola au sac de la tente parce que tout le blé soufflé prend beaucoup de place. Les seuls personnes qui habitent le long de cette route sont des fermiers pratiquant des cultures de subsistance et des bergers qu'on appelle « campesinos » qui survivent de quinoa sur les collines et veillent sur leurs troupeaux de lamas et de moutons. Nous avons souvent remarqué que les pistes des véhicules sont obscurcies par les traces des lamas. Il y a aussi deux villes minières: une près de Uyuni qui s'appelle Pulacayo et l'autre, Aguas de Castilla, pas loin de Potosi. C'est à cause de ces villes que l'histoire récente de la région est si intéressante.

Le premier jour, nous sommes partis en retard de Uyuni (3660m d'altitude) à 2 heures de l'après midi, après avoir essayé de dessaler le vélo de notre voyage à travers le Salar de Uyuni. Nous avons été confrontés à 20 km de montée et avons franchi trois cols ce qui nous a menés à 4200m. Certaines parties de la route étaient tellement en pente que nous avons été souvent réduits à pousser le vélo, et il est arrivé que nous soyons si fatigués que nous devions nous reposer tous les 50 mètres. Quand nous sommes arrivés à Pulacayo nous avons pensé que nous avions accompli le pire, mais plus tard nous avons découvert que nous allions passer cinq jours comme ça. Nous avons appris qu'il n'y avait plus d'endroit où dormir en ville puisque le dernier hôtel avait été fermé plusieurs années auparavant. Heureusement, Franz Bonifaz nous a invités à dormir par terre dans son syndicat d'initiatives qui n'avait été ouvert que depuis trois mois. A l'entrée de la ville il y avait un grand panneau qui annonçait « Voici l'endroit où le premier train est arrivé en Bolivie en 1890 et où Butch Cassidy et le Sundance Kid ont attaqué un train en 1908 ». Il se trouve que Franz est le président du Sociedad Pulacayo, qui s'emploie ardemment à exploiter cette riche histoire de la ville pour le tourisme. La légende raconte qu'au XVIème siècle Pulacayo a été découvert par un Espagnol, probablement Gonzalo Pizarro, qui possédait une mine à Huanchaca. Alors qu'il se dirigeait vers la côte du Pacifique, son mulet a glissé sur un morceau de minerai d'argent exposé. Il l'a remarqué et a nommé le lieu Mulacayo ce qui signifie "là où le mulet est tombé". Pulacayo a été renommé ultérieurement d'après le Puka du mot Quechua qui désigne la couleur du minerai trouvé dans cette région. Finalement, au XIXème siècle, l'exploitation a commencé et Pulacayo est rapidement devenue la plus grande mine d'argent de Bolivie et probablement du monde. Au début du siècle, il y avait plus de cinquante mille habitants qui travaillaient sur ces hauteurs inhospitalières (très froides). La mine a été officiellement fermée en 1959 et actuellement il y a seulement environ 30 mineurs d'une coopérative et leur familles qui vivent de ce qui reste dans la montagne. A la fin du XIXème siècle, le propriétaire de la mine de Pulacayo était aussi le président de la Bolivie. Il a eu assez d'influence pour faire construire une voie ferrée de la mine à Angofasta sur la côte chilienne. La première locomotive avait un tout petit moteur à vapeur de seulement 70 cm de large et ressemblait à un petit jouet.

Grâce à ce guide excellent et imprévu, nous avons aussi appris la riche histoire d'activisme syndicaliste qui a commencé avec les mineurs de Pulacayo au début du XXeme siècle. C'est ici qu'en 1954 les mineurs ont organisé la première « huelga de hambre », la grève de la faim, pour essayer d'améliorer les conditions de travail des ouvriers. C'est à cause de cette forte tradition d'activisme des ouvriers de Pulacayo que l'état, par le biais de la compagnie nationale des mines, la COMEBOL, a finalement fermé la mine en 1959. Pour en apprendre davantage et essayer votre espagnol vous pouvez lire l'article sur la mine dans La Presse.

Avant de partir, nous sommes allés voir la « Union » une locomotive dont on a estimé qu'elle portait malheur parce qu'elle a été victime d'attaques de la part de Butch Cassidy et de Sundance Kid en 1908 et plus tard d'autres voleurs (qui me sont inconnus) en 1925.

Nous avons alors continué à descendre vers un plateau entouré de montagnes et de volcans: paysage extraordinaire. Bien que nous soyons sur du plat pendant 40 km et que le vent soit derrière nous, nous avons dû nous contenter d'une pauvre moyenne de 10 km/h à cause de la route en forme de planche à laver, très redoutée localement et qui porte le nom pittoresque de "calomino". Nous avons souffert mais apprécié le paysage pendant deux journées vraiment exténuantes sur le terrible "calomino" qui nous traquait à chaque coin et une ou deux montées de plus de 600 mètres. Le cinquième jour, nous avions pédalé jusqu'à 2 heures de l'après-midi et nous sommes arrivés à Aguas de Castilla qui possède une plus petite mine appelé Porco. Notre engrenage le plus simple commençait à sauter dans les momtées et les 40 km jusqu'à Potosi nous ont paru très difficilles. Nous nous sommes procuré plus d'eau et avons commencé une autre montée vers le petit groupe de maisons qui constitue le hameau de Condoriri pour camper pendant la nuit et nous taper les derniers 25 km le lendemain. En remontant la grande colline qui se trouve à 35 km de Potosi, nous avons été interpellés par un homme dans une petite camionette qui nous a proposé de nous emmener à Potosi. Comme nous avions perdu l'usage de notre engrenage le plus simple, nous avons rapidement décidé d'accepter son offre.

Ceci s'est avéré être une rencontre propice parce que notre chauffeur, Jose Luis, avocat à Potosi, connaissait bien la route et était un bon conteur. Il nous a ainsi raconté qu'en 1908 Butch Cassidy et le Sundance Kid avaient appris qu'un convoi énorme de paie du personnel de la mine de Porco allait prendre la route. Il s'agissait d'une mine que les Incas avaient exploitée pour l'argent avant l'arrivée des Espagnols; d'ailleurs on exploite encore cette mine aujourd'hui. Ils se sont placés au sommet d'une grande montée à environ 20 km de Potosi. Il y a eu quatre morts dans la fusillade et obn peut encore voir leurs petites tombes sur le côté de la route. Cependant, je vous avertis qu'il n'y a pas de grande plaque sur le site, il faudra que vous inspectiez de près les petites plaques sur les tombes et il est facile de les confondre avec d'autre tombes d'automobilistes morts sur la route.

"November 7, 1908. It was a crisp and bright morning in San Vicente, a small miner's settlement, north of Tupiza, up at 4,200 m in the mighty mountains of the Cordillera Occidental. As the sun rose over the Andean peaks, Justa Concha, capitano in the Abaroa Regiment, the cavalry unit of the Bolivian army, peered over his gun to the house. It had been quiet all night. Still there was no sign of life from the two bandidos that were hiding there. The holes in the walls were silent witnesses of the heavy gunfight of the night before. El capitano ordered the master of the house, called Bonifacio Casasola, who sat beside him, to take a peek inside. Wearily, covered by the guns of the handful of soldiers that circeled the house, Casasola approached the door. The clicking sound of the soldiers unlocking their rifles, ready to shoot, was the only thing heard. Tension was hanging in the air. Then Casasola shouted. The captain came up and ran to the house, his revolver in hand. Casasola pointed at the two men lying inside, in a pool of blood. Concha looked and put his gun away. Butch Cassidy and the Sundance Kid were dead..."
(found at http://www.bolivia.freehosting.net/Butch.htm)
from Digging Up Butch and Sundance, third edition (Bison Books: Lincoln, 2003) (Meadows).

Le parcours de cette belle route à vélo de Uyuni à Potosi a vraiment rendu vivants l'histoire et les événements qui se sont déroulés ici il y a presque cent ans. Tout comme en 1969 dans le western où Paul Newman joue pour la première fois avec Robert Redford (ironiquement il y a aussi une scène de cyclisme assez célèbre dans le film). On rapporte que Butch Cassidy et le Sundance Kid ont trouvé la mort près de Tupiza en 1908 après une fuite ratée d'une attaque contre un autre convoi de transport de paie du personnel. Le film est assez fidèle à ce que l'on connait de de la fin de ces deux bandits très célèbres. Cela n'a pourtant pas empêché le gouvernement bolivien de l'époque d'interdire le film pour la représentation hollywoodienne de ses forces armées. Tout comme le mystère qui entoure la mort de Butch et du Kid, le paysage semble conspirer avec l'histoire avec ses perspectives immaculées d'une terre qui ne semble pas changer.

Posted by gwendal at septembre 25, 2004 01:46 PM
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